Une publication scientifique mobilisant les données récoltées par les participantes et participants du Spipoll et d’Oiseaux des jardins explore les réseaux écologiques des oiseaux urbains et des pollinisateurs à Paris.
Création d’espaces verts, plantations d’arbres, toits et façades végétalisées, les villes se remettent au vert ! Les environnements urbains, excessivement minéralisés sont responsables d’îlots de chaleur et depuis quelques années, les canicules à répétition nous le rappellent sans concession. La végétation en ville est devenue un enjeu pour s’adapter au réchauffement climatique, mais aussi pour lutter contre la perte de biodiversité. C’est ce dernier point qui nous occupe aujourd’hui : Outre le fait que les espaces verts soient restreints, il n’est pas toujours aisé pour certaines espèces de se déplacer de l’un à l’autre…
Qu’est-ce que la connectivité des paysages ?
La connectivité des paysages est souvent citée comme essentielle pour faciliter les déplacements des espèces et soutenir la biodiversité. Il s’agit d’un concept développé à partir des années 70 en réponse à la fragmentation des espaces naturels. Le développement de l’urbanisation et des infrastructures de transport contraint l’espace pour les autres êtres vivants : Ils ont besoin de se déplacer pour assurer leur cycle biologique, trouver des ressources alimentaires, se cacher de prédateurs, trouver des partenaires pour se reproduire… La persistance des populations nécessite que la reproduction soit réussie et un brassage génétique (pour éviter la consanguinité), rendu possible par la circulation des gènes et donc des individus à travers le paysage. Ainsi, la connectivité du paysage est définie par Merriam (1984) puis Taylor et al. (1993) comme « le degré auquel un paysage facilite ou entrave le mouvement des organismes entre les parcelles de ressources ».

Dans les années 1930-1940, les bocages français normand ou breton maintenaient une forte connectivité écologique.
Comment mesurer la connectivité ?
On peut mesurer la connectivité structurelle à partir de la disposition physique des parcelles, il s’agira alors du « degré de connexion des parcelles entre elles par des habitats ou des corridors similaires » (Noss, 1987). Mais ce calcul ne tient pas en compte des capacités de déplacement spécifique à chaque espèce, au contraire de la connectivité dite fonctionnelle qui les intègre et qui prend aussi en compte le fait qu'une espèce peut se déplacer dans une zone qui ne correspond pas à son habitat. Cependant cette connectivité fonctionnelle est plus difficile à évaluer : il faut pouvoir disposer de données génétiques ou mettre en place des protocoles permettant de suivre les déplacements des individus. Dans les deux cas, les coûts techniques, humains et financiers de la collecte de données sont de réels freins. Ainsi, de nombreuses études se concentrent sur la connectivité fonctionnelle potentielle : celle-ci est estimée en fonction de la configuration du paysage et d'hypothèses sur le comportement de déplacement des espèces dans ce paysage. Les estimations sont faites par la modélisation des déplacements potentiels d'une espèce à travers un paysage, en fonction de la résistance des différents éléments du paysage. Il est rare que ces estimations puissent être associées à des données biologiques...Mais c’est sans compter les sciences participatives ! Les données du Spipoll (Suivi photographique des insectes pollinisateurs) et d’Oiseaux des jardins, deux observatoires de Vigie-Nature destinés au grand public ont récemment été utilisées dans une étude sur la connectivité en zone urbaine dense, à Paris.

Sant Donasian & Sant Rogatian
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